Laurent Belloni, Ce que je panse...

Du 5 novembre au 5 décembre, Laurent Belloni expose à la galerie du Haut-pavé..

Pour en savoir plus : www.haut-pave.org


Dans son célèbre tableau, L’énigme de Guillaume Tell, Dalí représente le héros helvète agenouillé, mi-nu, devant son propre monument funéraire, affublé d’une casquette dont la visière démesurée est soutenue par une fourche en bois. Sa fesse droite est dotée d’un long appendice phallique, lui aussi maintenu à l’horizontale par une fourche en bois. De ce tableau très dense, le peintre à donné lui-même une lecture psychanalytique : « L’énigme de Guillaume Tell est peut-être l’un des tableaux qui décrit l’un des moments les plus dangereux de ma vie. Guillaume Tell, c’est mon père ; moi, le petit enfant qu’il a dans ses bras et qui, au lieu d’une pomme, porte une côtelette crue sur la tête. Cela veut dire que Guillaume Tell a des intentions cannibales : il veut me manger. Et puis il faut aussi que les gens remarquent à côté du pied de Guillaume Tell, une toute petite noix, qui contient une sorte de berceau et ce berceau contient un tout petit enfant qui est l’image de ma femme Gala. Et elle est tout le temps menacée par ce pied, car si ce pied bouge un tout petit peu, il peut écraser la noix, le berceau, et donc détruire aussi ma femme. Sigmund Freud a défini le héros comme celui qui se révolte contre l’autorité paternelle et finit par la vaincre. » Des psychanalystes se sont longuement penchés sur ce tableau et certains y ont décrypté une forme d’exorcisation de pulsions incestueuses : un « incesticide1 », pourrait-on dire…

Les œuvres les plus récentes de Laurent Belloni me font irrésistiblement penser à cette œuvre de l’extravagant Catalan. Non pas pour les formes molles qui s’y déploient, mais pour sa façon d’y développer des excroissances à l’aspect cireux. La comparaison s’arrête là car, chez Belloni, les structures sont fermes et charpentées, à la façon d’ossements solides et non de chairs flasques requérant un support extérieur pour assurer leur maintien. Sa Demi-cage, 2009, par exemple, assemble bois, métal et cire dans un volume qui évoque la moitié d’un train de côtes d’un animal de boucherie, dégagé de toutes ses chairs. Chez Belloni, le cannibalisme est donc, en quelque sorte, hors-champ. Quand l’artiste intervient, les mangeurs de chairs – humains, mammifères, insectes ou vers – ont déjà fait leur travail et ne nous laissent que les restes de leur action. Le drame est passé. Sa tension tombée.

Belloni s’intéresse aux « reliques », au sens étymologique de ce terme – ce qui reste –, d’une action que l’on peut imaginer, à notre guise, sanglante ou paisible, accidentelle ou naturelle, rapide ou lente. Il nous place dans le rôle du paléontologue amené à se prononcer sur la structure d’une espèce disparue à partir d’un de ses fragments fossilisés. Nouveaux Cuvier, nous devons nous interroger sur la nature de ces reliques pour tenter de reconstruire les propriétés, l’aspect de son propriétaire originel… Pourtant, malgré la forme animale, la réponse au premier degré est évidente : ce sont des branchages débarrassés de leurs écorces, parfois retaillés ou complétés par des éléments exogènes, partiellement enrobés dans de la cire aux couleurs de chair ou d’ossements. Le végétal est énoncé, mais l’animal est suggéré. Nous sommes dans le domaine d’une certaine forme de transsubstantiation dévoyée : du végétal vivant vers l’animal mort… Le travail de Belloni se situe ainsi à rebours de la liturgie chrétienne qui fait de l’Eucharistie la transformation d’un végétal mort en un corps vivant…

Lire la suite de l’article de Louis Doucet sur le sitoile de la galerie.





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