Des perruches à la Maube Saint Julien

La première n’a fait que passer...


Un cri bizarre fit lever la tête d’une passante, un dimanche matin ensoleillé du printemps 2008, rue Saint julien le pauvre. Dans un arbre du jardin Viviani, juste à côté de l’église, un oiseau de la taille d’un pigeon, mais vert, plus fuselé et à la queue plus longue, faisait une escale. Il avait la forme d’un petit perroquet, c’était une perruche.

perruche sur un charme à Paris

En commerçants badauds bavardant au soleil, nous nous sommes d’abord dis qu’elle s’était échappée d’une cage même si le volatile semblait plus en maraude qu’en état de perdition. La bête semblait sûr d’elle même et de son chemin.

Les choses auraient pu en rester là. Mais à l’automne, au cours d’une promenade au bois de Vincennes, l’étonnement fut de retour quand, sur un arbre défolié, nous avons pu observer non pas une mais une colonie de perruches. Le groupe semblait installé. Pouvaient-elles passer l’hiver ?

Au printemps de cette année, au même endroit, nous avons eu la réponse. Les perruches sont chez elles au bois de Vincennes. La perruche du jardin Viviani n’était donc pas une exception, mais plutôt une prémonition.

Cherchant à en savoir plus, j’ai contacté le Centre ornithologique d’île de France (www.corif.net) qui organise régulièrement des journées d’observation du faucon crécerelle de Notre-Dame de Paris. La prochaine a d’ailleurs lieu les 20 et 21 juin 2009.

La perruche à collier ou Psittacula krameri, car il s’agît de cette espèce précisément, devient un oiseau commun en Europe de l’Ouest depuis une trentaine d’année, principalement dans les grandes villes, suite à divers lâchés plus ou moins volontaires. Un blogue naturaliste donne les informations suivantes issues de la LPO : "Les premières mentions de l’espèce en Europe de l’ouest concernent l’Angleterre : elle y est signalée pour la première fois en 1969 et se développe ensuite largement dans le sud-ouest du pays, les dernières mentions faisant état de 6000 oiseaux. L’espèce est également connue depuis plus de 25 ans en Région bruxelloise (Belgique) : le propriétaire d’un parc animalier a relâché 40 individus en 1974, à l’origine des 4500 individus récemment comptés dans le principal dortoir de la capitale belge . Elle est également signalée en Espagne, en Italie, aux Pays-Bas et en Allemagne. Dans notre pays, elle est bien connue en Provence-Alpes-Côte d’Azur, en Ile-de-France et dansle Nord-Pas-de-Calais, mais elle est considérée comme nicheuse rare sur l’ensemble du pays."

En Île de France, plus précisement, l’origine des deux colonies majeures de perruches à colliers seraient dues à des lâchers involontaires aux aéroports de Roissy et d’Orly. Les perruches parisiennes du Bois de Vincennes - où la nidification est maintenant constatée - et celle du Parc Montsouris est donc liée à une expansion progressive de la colonie d’Orly.

Pour le profane, il est a priori surprenant que cet oiseau, exotique au demeurant, puisse s’adapter si facilement aux conditions climatiques de cette partie de l’Europe. Le réchauffement climatique y est peut-être pour quelque chose, les hivers étant de moins en moins froids, même si la réaction des oiseaux n’est pas obligatoirement automatique, mais la perruches à collier à des aptitudes propres qui expliquent son adaptation et son expansion.

Son aire d’origine est déjà grande, à savoir l’Afrique de l’ouest et centrale, le sous-continent indien, le nord de la Birmanie et l’Asie du sud-est et son expansion en Europe de l’Ouest est peut-être en partie naturelle (Voir ici pour en avoir une idée). Certaines colonies nichent sur les contreforts de l’Himalaya ... où les nuits sont fraîches ! Sa force réside dans sa propension intrinsèque à l’adaptation. Comme l’explique Frédéric Malher, le vice-président du Corif, "la Perruche à collier est une espèce très résistante et opportuniste quant à son régime alimentaire : elle n’a donc aucun mal à passer l’hiver sous nos climats en ville et en banlieue, profitant en particulier de la nourriture mise à la disposition des passereaux par les amis des oiseaux..."

Si ce nouvel arrivant à l’avantage de mettre de la couleur parmi les volatiles parisiens, sa présence dans Paris, n’est peut-être pas sans danger pour d’autres espèces qui y résident déjà. La perruche à collier étant cavernicole, il est possible qu’elle entre en compétition avec d’autres oiseaux dans la recherche de cavité pour nicher comme le Pigeon colombin (Columba oenas) - le gros pigeon préféré de nos mamies solitaires ! - et la Chevêche d’Athéna (Athene noctua) qui niche aussi dans la région parisienne et que des groupes du Corif tente de préserver, notamment en leur fournissant des nichoirs. Il arrive qu’elles s’en prennent aussi aux écureuils pour les trous mais aussi parce qu’il est un prédateur de leurs oeufs - car il ne mange pas que des cônes de conifère comme ici. Le plus embêtant, en ce qui concerne notre quartier, serait qu’elle vienne déloger les couples de crécerelles de Notre-Dame de Paris (voir des photos sur le moineau de Paris).

Une affaire à suivre...

perruche à collier en Inde

Dans quelques année peut-être il sera possible de faire ce genre de photographie sur les chimères de Notre-Dame de Paris.

DF.

Pour en savoir un peu plus :

- Le sitoile du Corif. Des bénévoles qui font un travail remarquable y compris pour la sauvegarde ... du moineau ; notre cher titi parisien qui accompagne de ses facéties nos pique-niques sur les bancs publiques !

- Les oiseaux en ville, le blogue de Frédéric Malher, notamment l’article sur les espèces exotiques

- La photo du logo de cet article viens du sitoile d’Aurélie Blusseau, des superbes photographies animalières. Pour savoir d’où viennent les autres photos cliquez dessus.

- Les observations photographiques en Île de France et Seine-Saint Denis d’Olivier Laporte : son sitoile et son blogue

erratum : Frédéric Malher a écrit : je ne suis pas sûr que le Pigeon colombin soit le pigeon préféré des mamies car elles ne doivent pas avoir beaucoup l’occasion de le repérer sur le cheminées ou dans les trous d’arbres.....il ne descend quasiment jamais à terre. Vous pensez sans doute plutôt au pigeon ramier (= palombe) beaucoup plus gros. Bon d’accord, mais ce n’est pas une raison de lui chiper ses trous !!





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